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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Heures perdues, 1894

Un combat avec ma muse

Adolphe Poisson· 50 vers

Le beau travail de la penséeParfois fatigue mon esprit.Quand penche ma tête lasséeLa muse alerte me sourit.Autour de l’humble forteresseVoilà déjà que la traîtresseFait résonner tous ses pipeaux.À cette charge irrésistibleMon cerveau demeure insensibleEt je reste dans mon repos.

Pour faire un véritable siègeElle va chercher du secoursEt revient avec son cortège,Doux pensers, souvenirs, amours.D’abord, joyeuses et pareillesÀ de bruyants essaims d’abeillesQui s’échappent de leur prison,Arrivent de belles pensées,Complices à l’assaut lancéesQui me font perdre la raison !

Avec courage je tiens fermeContre l’aimable régiment ;Toujours mon oreille se fermeÀ ce joyeux bourdonnement.Mais un autre renfort arrive !Poète, sois sur le qui-vive ;Voici venir les blonds amours.Tirailleurs aux superbes poses,Ils me décochent leurs traits roses,Et leurs carquois en ont toujours !

Je tiens bon ! ma muse perfideDésirant plus vite en finir,Commande d’un geste rapideÀ mon plus aimé souvenir.C’est le signal de ma défaite !De sa victoire satisfaiteLa muse entre sans hésiter.Ses vaillants complices comme elleFont irruption pêle-mêle…La place est prise… Il faut chanter !

Alors dans mon cerveau bourdonneLongtemps l’étrange bataillon,Comme dans un clocher quand sonneUn étourdissant carillon.De sa victoire déjà lasse,La muse pour vider la placeAux souvenirs donne congé ;Pensers, amours suivent bien vite.Et grâce à cinq strophes sans suiteVoilà mon esprit soulagé !

50 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Heures perdues, Paris, Imprimerie générale A. Côté, 1894· numérisation wikisource.org· Sources