Sous les pins, 1902
À monsieur Léon barat
Enfant du Canada, je travaille dans l’ombre ;Le murmure des bois tient ma muse en éveil ;Et mes vers, s’échappant pêle-mêle et sans nombre,Volent joyeux vers le soleil.
Si je n’ai pas heurté la froide indifférence,Si ma strophe moins lourde a pu franchir les mers,C’est que le souvenir adoré de la FranceA donné du souffle à mes vers !
Un jour, mieux inspiré, je vous dirai peut-êtreDes bords du Saint-Laurent les poèmes joyeux.S’ils font écho là-bas, puissiez-vous reconnaîtreLa voix qui chanta les aïeux !
O vous qui souriez à mon œuvre confuseEt qui du barde obscur prenez quelque souci,Pour ces vers mal tournés chercherai-je une excuse ?Ils voulaient vous dire merci !
Merci d’avoir daigné d’une plume discrèteAttirer vos lecteurs vers mes premiers essais,Vous souvenant que si je suis pauvre poète,Je suis par contre un bon Français !
Français, fils des héros de la Nouvelle-France,Et, le regard tourné vers le sombre avenir,Anglais par le devoir, Français par l’espéranceAutant que par le souvenir !
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Sous les pins, Montréal, Librairie Beauchemin, 1902· numérisation poesies.net· Sources