Sous les pins, 1902
A une petite amie
Lorsque je te surprends au balcon accoudée,Ton beau regard perdu dans le ciel constellé,Où laisses-tu flotter, frêle enfant, ton idée ?Où va ton cœur ! où va ton beau rêve étoilé ?
À qui donc penses-tu, lorsque tu te reposes ?Quel doux songe d’amour traverse ton esprit ?Songes-tu lorsque monte à toi l’odeur des roses,Au poète qui t’aime, à Dieu qui te sourit ?
Ni Dieu ni le poète occupent ta pensée,Car ton rêve enfantin ne monte pas si haut.Par les riens d’ici-bas ton âme est amorcée ;Un poète rêveur n’est pas ce qu’il te faut.
Aussi quand je te vois indolente et distraite,Tu songes, ne mens pas, à quelque beau valseurQui dans le dernier bal t’aura conté fleuretteEt pris dans ses filets ton brave petit cœur !
16 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Sous les pins, Montréal, Librairie Beauchemin, 1902· numérisation poesies.net· Sources