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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Sous les pins, 1902

Hommage a Sorel

À l’occasion de l’érection de la ville en cité

Adolphe Poisson· 32 vers

À te voir caressé par l’onde de deux fleuvesEt mêlant ta rumeur au bruit vague des flots,A te voir, oublieux des antiques épreuves,T’enivrer des senteurs de tes riants îlots ;

À contempler, ravi, l’activité fébrile,Le travail si fécond de tes milliers de bras,Et l’élan spontané de ta gaieté virile,Qui dirait que jadis tu souffris, tu pleuras !

À voir le mouvement de tes vastes usinesOù se gagne en sueurs le pain de l’artisan,Qui dirait que tes preux dans ton fort en ruinesManiaient l’arquebuse et le sabre pesant !

Ô ruche industrieuse où jadis le tonnerreGrondait avec effort, c’est pour avoir luttéContre l’Anglais tenace et l’Agnier sanguinaireQue tu t’épanouis dans ta virilité.

Aussi quand le vainqueur qui se disait ton maître,Voulut d’un nom nouveau t’affubler désormais,Ce nom étrange et dur tu sus le méconnaître,Et nul de tes enfants ne le redit jamais.

Si tu fus malheureux, tu ne fus pas servile ;Du présent le passé n’aura pas à rougir.Du fort naquit le bourg, du bourg naquit la ville,De la ville aujourd’hui la cité va surgir.

Suspendant pour un jour ta tâche quotidienne,Ouvre tes temples saints, ferme tes ateliers,Que d’un passé sanglant le présent se souvienne,Évoque tes héros, prêtres ou chevaliers,

Pour que de leurs tombeaux tressaille leur poussière,Car l’ère du progrès succède aux temps d’exploits ;L’industrie aux cent bras a remplacé la guerre…Aussi vivent Sorel et tous ses Sorelois !

32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Sous les pins, Montréal, Librairie Beauchemin, 1902· numérisation poesies.net· Sources