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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Sous les pins, 1902

Indolence

À MON AMI E. R

Adolphe Poisson· 52 vers

Ennemi du travail, amoureux de la rive,Je n’ai jamais tenté les flots.Je laisse ma nacelle aller à la dériveSur la rivière aux verts îlots.

J’adore du ruisseau le filet d’eau limpideQui caresse les cailloux blancs ;J’ai peur, le croiras-tu ? de l’océan perfideEt des vaisseaux aux larges flancs.

Ils doivent renfermer des misères sans nombre,Ces navires aventureux,Et raconter aux flots plus d’une histoire sombreEt plus d’un drame ténébreux.

Ici point de dangers, ici point de naufrage,Ici point de flots écumants ;Seule, une onde paisible, au gracieux mirage,Gazouille entre des bords charmants.

Une barque légère, une voile, une rame,Une rivière aux claires eaux,Un ami pour causer, une charmante femme,Un gai soleil et des oiseaux ;

Je ne veux rien de plus, s’il est vrai que sur terreLe calme est le nid du bonheur,Et que la paix fleurit sous le toit solitaireEt se loge dans l’humble cœur.

Viens avec moi, suivons de l’étroite rivièreLes méandres capricieux,Et cueillons en passant une fleur printanièreLe long de ses bords gracieux.

Livrons notre pensée aux douces rêveries,Notre esquif à l’humble courant,Mêlons le bruit joyeux des folles causeriesAu babil du flot murmurant.

Tu souris ! Je le vois, ta barque audacieuseDe la mer rêve les dangers,Car il faut à ta voile une brise orgueilleuseEt la plainte des naufragés.

Laisse-moi dans la baie où mon esquif s’abrite,Où plongent mes lourds avirons,Où le zéphyr endort l’onde que seule agiteL’aile des légers moucherons.

Affronte les périls ; comme un brave tiens têteÀ l’effort des vents furieux ;Naïf dans ton espoir, demande à la tempêteHélas ! le secret d’être heureux !

Et lorsque tu seras fatigué de ta course,Ami, tu reviendras un jourMouiller ta lèvre ardente à l’humble et fraîche sourceOù moi j’aurai puisé l’amour.

Et tu diras : « Heureux celui qui, de son âmeChassant le rêve décevant,A trouvé le bonheur dans les bras d’une femme,Et les caresses d’un enfant ! »

52 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Sous les pins, Montréal, Librairie Beauchemin, 1902· numérisation poesies.net· Sources