Sous les pins, 1902
Le soulier de bébé
Jules cause avec moi ; c’est maintenant un homme !Dix ans le mois prochain ; aussi faut-il voir commeIl gonfle avec orgueil sa poitrine à l’étroitDans son habit trop juste ! et l’on dirait qu’il croitÊtre fort avancé dans la vie ; et je jureQue le désabuser serait lui faire injure.Parmi les questions qu’il sait multiplier,Hier il demandait si le petit soulierQu’un ruban bleu suspend au mur de sa chambrette(Ô naïf souvenir d’un temps que l’on regrette)Avait bien pu loger son petit pied d’enfant.Certainement, lui dis-je. Alors il se défendD’avoir jamais porté si petite chaussure ;Et de son pied déjà très fort prenant mesure,Difficile travail qui le tient absorbé,Il essaie à chausser son soulier de bébé.
16 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Sous les pins, Montréal, Librairie Beauchemin, 1902· numérisation poesies.net· Sources