Sous les pins, 1902
L’adieu
Oh ! lorsque de l’adieu l’heure triste est sonnée,Le cœur soudain glacé semble se ralentir.Êtres chers, vieux amis, fatale destinée,L’un après l’autre il faut partir !Plus d’un s’en est allé sans pleurs et sans faiblesse,Et tout bas je disais, témoin de ce départ :S’il est heureux celui qu’on laissePlus heureux est celui qui part.
Et quel que soit le sort qui loin de nous l’entraîne,Sur les flots menaçants, dans les bois ténébreux ;Que le désert brûlant, que la guerre inhumaineTente ses pas aventureux,Toujours ferme est son cœur et son pas toujours leste ;Vers l’inconnu toujours il fixe son regard…Est-il heureux celui qui reste ?Non, c’est encor celui qui part.
Lorsqu’au toit de l’époux la jeune fiancéeEst conduite tremblante et l’œil mouillé de pleurs,L’espoir des jours sereins dont son âme est bercéeDissipe ses folles frayeurs.Mais la mère au foyer, vieillie et langoureuse,Qui la consolera jamais de ce départ ?Celle qui reste est-elle heureuse ?Non ! c’est encor celle qui part.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Sous les pins, Montréal, Librairie Beauchemin, 1902· numérisation poesies.net· Sources