Sous les pins, 1902
L’appel des amis
Ami, laisse ton rêve. Abandonne la riveOù ton esprit s’endort dans l’immobilité.Viens lutter avec nous ; l’attitude pensiveEst signe de faiblesse en ce siècle agité.
Arbore comme nous cette noble bannièreQui s’enfle avec effort sous le vent du progrès.Pour les larges sentiers abandonne l’ornière,Agrandis l’horizon de tes songes abstraits.
Viens vers la haute mer. Au large ta nacelle !Ouvre ta voile au vent et ton âme à l’orgueil.L’étoile du progrès dans la nuit étincelle ;D’un passé trop vieilli ne portes plus le deuil.
Vois s’écrouler partout les antiques coutumesQue le torrent du siècle emporte avec fracas.Ne nourris plus ton cœur de ces regrets posthumesDont le siècle vieilli ne fait plus aucun cas.
Indolent troubadour, de la gloire qui passeNe peux-tu comme nous dérober un lambeau ?Veux-tu vivre et mourir sans laisser une traceEt sans rien disputer à l’oubli du tombeau ?
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Sous les pins, Montréal, Librairie Beauchemin, 1902· numérisation poesies.net· Sources