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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Sous les pins, 1902

La réponse du poète

Adolphe Poisson· 36 vers

Je n’envierai jamais vos luttes incertainesEt vos nuits sans sommeil. J’ai préféré toujoursAux flots parfois grondants l’eau calme des fontaines,Aux combats sans merci les naïves amours.

Tandis que vous mêlez aux rumeurs des tempêtesVos voix tremblantes, moi, comme aux pins de Tibur,Je ris de l’ouragan qui fait courber vos têtes,Car mon ciel est formé de soleil et d’azur.

Si l’onde du ruisseau légèrement se ride,C’est quand l’insecte glisse en rampant sur les eauxOu que le vent du soir sur cette onde limpideFait pencher doucement la tige des roseaux.

J’ai toujours sous les yeux la maison paternelle,Les érables, les pins que mon père a plantés,Le clocher tout jauni dont l’ombre comme une aileNous a, frères et sœurs, si longtemps abrités.

Ne vous vantez pas trop de régner sur la foule.Le souci sur vos fronts a déjà fait son pli,Et vous n’ignorez pas que le flot qui vous rouleVous livre sans retour au fleuve de l’oubli.

Quel souffle a pu briser le rameau de Virgile ?Dix mille ans passeront et le nom de TiburRayonnera, lorsque votre barque fragileAura déjà sombré sur quelque bord obscur.

Combien d’ambitieux, contemporains d’Horace,De leur verbe ont couvert ses chants harmonieux ?Hélas ! la renommée en a perdu la trace,Et l’astre de Flaccus brille encor dans les cieux !

Cessez de caresser un espoir si fragile,Car on a vu le temps si rapide en son coursÉpargnant les accents d’Homère et de Virgile,Emporter sans merci de superbes discours.

Et rien ne restera de votre œuvre éphémère,Tandis que de mes chants quelque vers épargnéPeut servir, œuvre utile, à quelque jeune mèrePour endormir, le soir, son enfant nouveau-né !

36 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Sous les pins, Montréal, Librairie Beauchemin, 1902· numérisation poesies.net· Sources