Sous les pins, 1902
L’homme
Entre l’Être Suprême et l’homme, quel abîmeQue nul regard humain sur terre n’a scruté !L’homme frêle et changeant du Temps est la victime…Dieu seul est immuable en son éternité.
L’homme dans ses efforts étale sa faiblesse,Il marche avec orgueil, il tombe sans fierté ;Lui, le roi d’ici-bas, un atome le blesse…Dieu seul est tout-puissant dans son éternité.
L’homme comme une fleur brille un jour, puis il passe,Frêle souffle que Dieu prête à l’humanité.Il a peur du néant, s’étonne de l’espace…Dieu seul reste le même en son éternité.
L’homme de sa naissance à sa mort souffre et pleure ;Il peine et se dépense en ce monde agité ;Mais dès qu’il disparaît, de lui rien ne demeure…Dieu seul veille toujours dans son éternité.
Tout borne l’homme ici, tout le tient sous la chaîneEt lorsqu’il sonde en vain la sombre immensité,Dieu ne voit de là-haut qu’une poussière humaineEt son Verbe remplit l’espace illimité.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Sous les pins, Montréal, Librairie Beauchemin, 1902· numérisation poesies.net· Sources