Sous les pins, 1902
Le bonheur
Oui, le bonheur endort : sommeil délicieuxQui nous fait oublier les ennuis de la vie,Nous fait goûter un jour la douce paix des cieuxEt d’un rêve idéal berce l’âme ravie.
Oui, le bonheur endort, mais d’un trop court sommeilQue la sourde clameur du monde met en fuite,Songe enivrant suivi d’un si triste réveilQue la félicité bientôt en est détruite.
Oui, le bonheur endort, mais pour qui goûte un jourA sa magie étrange et son charme éphémèreÀ dégoût de la vie, a perdu sans retourCe qui faisait son rêve et sa douce chimère.
Oui, le bonheur endort et pour quelques instantsNous fait tout oublier : le travail et l’étude,Il ferme l’horizon, abrège aussi le tempsEt nous fait mieux aimer la calme solitude.
Mais à puiser toujours aux sources du bonheurL’existence ici-bas deviendrait insipide ;L’impitoyable ennui nous rongerait le cœurSi le temps s’écoulait monotone et rapide.
De joie et de chagrin Dieu parsème nos joursAfin que, parvenus à notre heure dernière,Nous puissions, sans regret, dire adieu pour toujoursA ceux qui font sur nous la dernière prière.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Sous les pins, Montréal, Librairie Beauchemin, 1902· numérisation poesies.net· Sources