Sous les pins, 1902
L’oasis
Il est dans le désert une fraîche oasisOù s’abreuve, en passant, la longue caravane,Où s’étale au soleil la corbeille d’IsisPleine des doux parfums de la fleur qui se fane.
La poudre du désert que le simoun soulèveTache à peine en son vol les palmiers toujours verts.Ici l’on se repose, on sommeille et l’on rêveEn oubliant la marche à travers les déserts.
Bien loin à l’horizon le sentier se prolonge,Reptile déroulant ses anneaux gracieux,Et dans cet infini trompeur où l’œil se plongeLe mirage confond la terre avec les cieux.
Adieu, verte oasis, adieu, fraîche fontaineDont la vasque de pierre abreuve les chameaux,Adieu, riant relai de ma course incertaine,Éden où l’on oublie et la terre et les maux !
II
Au désert de la vie il est une oasisOù s’abreuve parfois la caravane humaine,Un séjour de bonheur auprès d’êtres choisis,Asile vers lequel l’orage nous ramène.
Au sein du tourbillon où se perdent nos jours,Dans le cercle où se meut l’humanité lassée,L’homme sage a trouvé le plus beau des séjoursDans l’asile serein qu’habite sa pensée.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Sous les pins, Montréal, Librairie Beauchemin, 1902· numérisation poesies.net· Sources