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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Sous les pins, 1902

L’orient

Adolphe Poisson· 32 vers

I

Comme le vin bouillonne au sortir de l’amphore,De même au jour néfaste où parut le Croissant,Le Grec épouvanté vit soudain le BosphoreRouler jusqu’à la mer des flots rouges de sang.

Ô le combat géant ! ô la lutte sanglanteEntre la foi du Christ et les lois du Coran !Mahomet triomphait et, l’Église tremblanteAllait tomber meurtrie aux pieds du conquérant.

Et sans Sobieski sous les portes de Vienne,Et sans Charles-Martel sous les murs de Poitiers,Hélas ! c’en était fait de l’Europe chrétienne,De ses temples bénis, de ses trônes altiers.

Ils ont sauvé l’Europe, et de ce vaste empireA peine reste-t-il quelques membres épars.Demain le vieux Stamboul qui sous le joug soupireNe verra plus le Turc rôder sur ses remparts.

II

Car l’Islam a fini sa superbe épopée.Partout dans les déserts ses guerriers sont couchés,Et ses fils sous l’impôt ou sous le faix penchés,Ont laissé se rouiller leur héroïque épée.

Des rives du Bosphore aux rochers de CeutaLes ravins ignorés et les fiers promontoiresSont encor tout remplis du bruit de leurs victoiresQue l’écho d’un grand siècle aux suivants raconta.

Il dort et pour toujours ce puissant cimeterreQui pendant deux cents ans fut la terreur des rois,Quand Mahomet trouvant deux continents étroits,Pour témoin de ses coups voulut prendre la terre.

Bientôt sur les débris d’un empire puissantQue ne protège plus l’ombre du grand prophète,Les chrétiens, conviés comme pour une fête,Vont plonger dans les flots la corne du Croissant !

32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Sous les pins, Montréal, Librairie Beauchemin, 1902· numérisation poesies.net· Sources