Sous les pins, 1902
La rime
Un jour, pour la vouloir trop sonore et trop belle,Je cherchais vainement une rime rebelle,Et la capricieuse, en me narguant ainsi,De ma muse en arrêt redoublait le souci.Je croyais la saisir, et, nouvelle souffrance,L’infâme me laissait dans la désespérance.Par un caprice voir son poème manqué,Un poète pour moins pourrait être offusqué.Pour un si vil obstacle un beau rêve qui croule !Et les pensers divins qui me venaient en fouleEt qui lassés d’attendre un vers pour s’y loger,Ne demandent pas mieux que de déménager,Laissant ma pauvre tête abasourdie et vide ;Ce malheur, je le dois à la rime stupideQui se décide enfin, regrettant son travers,A venir prendre place à la fin de mon vers.Hélas ! il est trop tard ; aussi toute piteuse,À mon rêve défait elle semble boiteuse,N’étant plus l’idéal que j’aurai tant cherché ;Et d’en par là finit mon poème ébauché.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Sous les pins, Montréal, Librairie Beauchemin, 1902· numérisation poesies.net· Sources