Sous les pins, 1902
Le cimetière
Il est un lieu sacré qu’on nomme cimetière,Terme de tous nos jours.Là, dans l’oubli du temps, perdus dans la matière,Les morts dorment toujours.Oh ! lorsque nous allons dans la sombre demeureOù reposent ces morts,Recueillons-nous, songeons à notre dernière heure,Sans crainte et sans remords !N’en faisons par un lieu de simple rêverie ;N’en franchissons le seuilQu’avec un souvenir pour celui qui nous crie :« Pitié » dans son cercueil !Voix muette pourtant, mais l’étrange silenceQui plane sur ces lieuxFait que sans nul effort la prière s’élanceDe nos cœurs oublieux !Après avoir laissé planer notre penséeSur tous ces morts couchésPleurons ! Qui sait combien une larme verséePeut laver de péchés !Et songeons que demain ce temple fait d’argileEt qui contient nos joursPeut, au souffle de Dieu, comme un vase fragile,Se briser pour toujours.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Sous les pins, Montréal, Librairie Beauchemin, 1902· numérisation poesies.net· Sources