Sous les pins, 1902
Le lac saint-Ferdinand
Musique Par L’Abbé Grondin
Le lac aux ondes blanchissantes,Ne reflétait dans ses flots clairsQue les bois aux cimes puissantesQue noircit l’aile des éclairs.
Dans cette solitudePleine de quiétudeSeuls chantaient les oiseaux.Aucune voix humaine— Chant d’amour, cri de haine —N’avait troublé ses eaux.Et du lac en reposOn dirait que la lameÀ ces humbles hérosChante un épithalame.
Ô trembles frissonnants, érables gracieux,Frênes au tronc robuste, ormes audacieuxQui penchez sur les flots vos fronts silencieux,Sur la rive où régnait ce solennel silenceUn clocher, tout rempli de voix joyeuses, lanceSa flèche d’argent vers les cieux,Et le nid fragile et soyeuxD’un ramier jaloux s’y balance.
Or, un jour que le lac éprouvait de la peineÀ battre de ses flots des rivages déserts,Un cri retentit dans les airsEt le sol tressaillit sous la chute d’un chêne.
Adieux, jours sans clameurs !Adieu, nuits sans rumeurs !La chanson des rameursCourt sur le lac sauvage.Et sur ses frais îlotsLes ormes, les bouleauxQui jetaient l’ombre aux flotsGisent sur le rivage.
Car, fils des héros d’autrefois,Nos pères vinrent là plus forts que nous ne sommes.Leur cognée a couché ces boisComme un jour leur épée a moissonné les hommes.
Quand la cloche a sonné,Le vieux lac étonné,S’éveillant d’un long rêve,Vint amoureusement,Comme un étrange amant,Soupirer sur la grève.Mais dans ses flots d’argentA peine il se repose.Le lac est exigeantEt rêve d’autre chose.
L’oreille ouverte au vol si léger des esprits,Sur la rive penché, le prêtre a tout compris,Et voilà pourquoi l’on contemple,Se dressant à l’ombre du temple,Un toit que le ciel va bénir,Une enceinte où déjà se presseL’essaim joyeux d’une jeunesse,Espoir et fleur de l’avenir.
Et le lac a calmé sa colère sauvage.On n’entend plus le soir son souffle haletant,Et depuis ce jour-là les vagues au rivageViennent dire tout bas que le lac est content.
60 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Sous les pins, Montréal, Librairie Beauchemin, 1902· numérisation poesies.net· Sources