Sous les pins, 1902
Rêve de célibataire
Trouver à son foyer une femme charmanteQui vient vous recevoir en vous tendant les bras,La revoir tous les jours, bonne, attentive, aimante,Rivée à votre vie, attachée à vos pas ;Se chercher chaque instant, s’aimer et se comprendre,Avoir les mêmes goûts et les mêmes désirs ;
Bénir Dieu de la voir et si gaie et si tendre,Partageant vos travaux, vos peines, vos plaisirs ;La voir aller, venir, dans la maison joyeuse,Rire avec son mari, chanter avec l’oiseau ;En un mot être heureux de la savoir heureuseEt rêvant sans rougir à son premier berceau !
Pourrai-je un jour goûter ces heures fortunées ?Me sera-t-il donné d’être heureux quelque jour ?Dois-je attendre au midi de mes pâles annéesPour voir s’épanouir la douce fleur d’amour ?O vous que je connais d’hier, brune jolie,Vous que j’aime déjà d’un amour grave et doux,En rêvant ce bonheur voilà que je m’oublie,Poète audacieux, jusqu’à penser à vous !
Oui, c’est toi que je vois dans ma calme retraiteÉgayant le foyer, dorant mon horizon,C’est toi, c’est toi toujours que ma muse indiscrèteNomme en troublant, le soir, ma trop courte oraison !J’ai des livres aimés… nous les lirons ensemble ;J’ai des bosquets touffus… nous irons là causer ;Nous troublerons l’oiseau sur le rameau qui trembleLorsque nous marquerons la page d’un baiser !
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Sous les pins, Montréal, Librairie Beauchemin, 1902· numérisation poesies.net· Sources