Sous les pins, 1902
Le poète et la cigale
Cigale du bon Dieu, virtuose si frêle,Jamais l’écho lointain ne redit ta charron,Car le bruit gracieux de ta voix douce et grêleQu’entend seul l’Éternel se perd dans le buisson.
Je te ressemble, amie ; à la muse fidèle,J’ai chanté comme toi l’agréable saisonSans jamais demander si l’essor de mon aileM’emporterait un jour vers un autre horizon.
Rivale de mes chants, toi qu’au bord de la routePlus d’un passant rêveur avec amour écoute,Au printemps qui revient seule tu vas chanter.
Éparpille dans l’air ta note familière,Et quand j’aurai fini ma tâche journalière,Ému, près du buisson, je viendrai t’écouter.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Sous les pins, Montréal, Librairie Beauchemin, 1902· numérisation poesies.net· Sources