Sous les pins, 1902
Le premier de l’an
Au milieu des clameurs que jette la rafaleTriste, près du foyer, j’entends le dernier râleDe l’an qui fuit,Et l’horloge de bronze, au vieux mur suspendue,Précipitant sans bruit son aiguille éperdue,Sonne minuit.
Un an de plus sonné sur le cadran des âges,Et l’aiguille fatale au milieu des oragesMarche toujours,Emportant sans pitié dans sa folle vitesseTous ceux-là qu’on aimait, la joie et la tristesseAvec nos jours.
Ce projet ébauché, cette espérance morte,Ce regret que l’oubli rapidement emporte,Tout ce passéPeuplé de visions si charmantes, si belles,Est tombé comme tombe, en battant des deux ailes,L’oiseau blessé.
Et l’an nouveau qui vient pour un jour nous consoleDe l’an vécu si vite et qui sitôt s’envole,En nous laissantUn peu moins de fierté dans l’âme et plus de honte,Plus de cheveux blanchis que sur sa tempe on compteEn frémissant !
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Sous les pins, Montréal, Librairie Beauchemin, 1902· numérisation poesies.net· Sources