Sous les pins, 1902
Le sapin
Tous les arbres de mon parterreOnt perdu leur verte toison ;L’ombre aimée et le doux mystèreN’ont eu qu’une brève saison ;
L’orme à la puissante ramureEt l’érable au front gracieuxLancent avec un bruit d’armureLeurs bras tout raidis vers les cieux.
Quand par le froid tout s’atrophie,Je vois le sapin toujours vertContre la saison qu’il défie,Mettre les oiseaux à couvert.
Lui seul conserve son feuillage,Aussi lui seul garde ses nids,Et d’un continuel ramageIl sent ses rameaux rajeunis.
Pendant que l’orme glacé tremble,Agitant ses bras musculeux,Lui seul sous ses branches rassembleLes oiseaux grêles et frileux.
Les récollets, les hirondellesVers le chaud midi s’en iront,Mais d’autres oiseaux plus fidèlesAux neiges les remplaceront ;
Et le sapin toute l’année,Malgré la rigueur des saisons,Sous la branche jamais fanéeEst plein d’amours et de chansons.
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Sous les pins, Montréal, Librairie Beauchemin, 1902· numérisation poesies.net· Sources