Sous les pins, 1902
Maître Moser
Après la lecture du Codicille de Maître Moser, d’Eugène Manuel
Moser, maître Moser, tu dors depuis longtempsDans ta fosse ignorée, et les ailes du Temps,Emportant tous les vieux, émoussent bien des haines,Sans que l’Alsace ait vu tomber ses lourdes chaînes.Des villageois témoins de ton rêve ingénuDepuis plus de trente ans pas un seul n’est venuT’annoncer plein d’émoi la joyeuse nouvelle.La génération pourtant se renouvelle,Et tous auront souffert, et tous auront vécu,Emportant au tombeau la douleur du vaincu.En reste-t-il de ceux qui devaient sur ta tombeTe crier des Teutons la suprême hécatombe ?Ils ne sont déjà plus ceux qui t’avaient juréDe remuer ta cendre à ce moment sacré.Mais s’ils sont morts, si nul ne peut trouver la placeOù tu reposes, vieux paysan de l’Alsace,C’est la Patrie un jour qui par là passera ;C’est elle qui de ses milliers de voix criera :« Par le drapeau français ta tombe est ombragée ;La Lorraine est française et l’Alsace est vengée. »
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Sous les pins, Montréal, Librairie Beauchemin, 1902· numérisation poesies.net· Sources