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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

La muse gaillarde, 1876‑1924· Propos de cabaret

Au cabaret

Raoul Ponchon· 56 vers

MUSE, allons au cabaret,C’est le seul endroit potable,Mettons nos pieds sur la tableEt buvons du vin clairet.

Là. C’est très bien. De la sorteJe vois qu’ils sont au complet :Mâtin ! Ce joli molletProuve que tu n’es pas morte.

Puisque Phébus aujourd’huiAu ciel — combien sale et terne —N’accroche pas sa lanterne,Nous nous passerons de lui.

Peut-être bien qu’il se vanteDe nous poser un lapin ?Baste, avec un peu de vinFacilement on l’invente.

Déjà même je le voisComme je te vois, te dis-je ;Voire même — quel prodige ! —Du premier coup je le bois ;

Il me chauffe, m’illumine :— Ô ma muse bon garçonJ’aime d’étrange façonTa frimousse de gamine.

Oui, je t’ai quand je te veux,Soleil ! Et dans moi tu bouges.— Dieu ! que tes lèvres sont rougesMaîtresse, et lourds tes cheveux !

Bois, ton verre se dépite.que les cieux soient étonnésDe voir le bout de ton nezPlus brillant qu’une pépite.

Faisons-nous une raison,Muse, et buvons : dans la caveLe soleil est notre esclave,Rappelle-toi la chanson :

« Au tiède mois de l’automne« On met le soleil en tonne,« Cela fait qu’en la saison« Où l’on reste à la maison,« Les délicieux ivrognes« En peinturlurent leurs trognes.

« Ce soleil éblouissant« C’est le vin couleur de sang,« Le vin gai comme une fête,« Qui fait tourner dans la tête« Un astre artificiel« Que l’on croit toujours au ciel. »

Qui dit cela ? ma petite,C’est toi, l’automne dernier…… Hé ! Monsieur du tavernier ?Ton petit vin m’appétite.

Va m’en chercher, bon marchand,Tu m’as l’air d’un homme aimable ;Quand on vend du vin, du diableSi l’on peut être méchant.

56 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La muse gaillarde, Paris, ÉDITIONS RIEDER, 1939· numérisation wikisource.org· Sources