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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

La muse gaillarde, 1876‑1924· Propos de cabaret

… Ne parlez pas tous à la fois

Raoul Ponchon· 104 vers

JE demande en mariageLa fille d’un roi,Avec ou sans alliage :Plutôt sans, ma foi.

Mais je la voudrais très belle,Et voudrais encorQu’elle eût une ribambelleDe beaux écus d’or.

Certes, un lyreur irritableN’est pas un miché,Mais c’est un parti sortable,Sinon recherché.

Je ne suis pas sans fortune,D’ailleurs, savez-vous ?J’ai mes terrains de la luneSemés de cailloux ;

J’ai de l’air sur la montagne…Je ne compte pasMille châteaux en Espagne,Tout là-bas, là-bas…

Ni mes palais sur le sable,Mes rêves en l’air,C’est quelque chose, que diable !Ni ma part d’enfer.

Ma reine ! je l’ai trouvéePlus splendide encorQue je ne l’avais rêvée :En chair et en or !

Eh bien ! nous ferons la noceQuand le mois de maiRoulera sur son carrosseDe roses gemmé.

Nous n’irons pas à l’église,Mince d’horizon !— Quatre murs, quoi qu’on en diseSont toujours prison.

Mais dans la forêt voisine,Sous le grand ciel bleu ;Les forêts sont, j’imagine,Plus pleines de Dieu.

N’aurons non plus de prêtailleEn habits de paon,Dont la voix nasille et braille :Balaban, ban ban.

Je ne veux pour tous murmuresSous les verts arceaux,Que le chant dans les ramuresDes petits oiseaux.

Et les pins mélancoliquesPour mon cœur ferventSeront les orgues mystiques,Si souffle le vent.

Les cieux, comme une féerie,Seront éclatants :Poète qui se marieA toujours beau temps.

Si, comme témoins, ma mie,Et comme invitésA toute une académieDe rois hauts cotés

De seigneurs sans importance…— Car je ne sauraisL’en empêcher, comme on pense,Pour avoir la paix ;

J’en aurai, moi, de plus chouettesEt sans nul arroi,Car ce sera des poètes,Des gueux comme moi.

Après la cérémonie…Quoi, me dira-t-on,La noce est-elle finieSans un gueuleton ?

Ah ! loin de moi ces penséesC’est me faire affront.Des tables seront dresséesQui s’écrouleront

Sous mille vins délectables,Mille vins rêvés.Je dirai aux pauvres diables :Mangez et buvez.

N’épargnez pas la popotte,Puisque, aussi bien, c’estElle qui paiera la noteDessus son budget.

Et je dirai à ma reine :« M’amour, donne-leurÀ tous une bourse pleineAvec une fleur ;

La fleur où le rire éclate,Pour leur rappelerDe ta bouche délicateLe galant parler ;

Et la bourse où l’or flamboie,Pour — uniquement —Leur donner un peu de joiePendant un moment.

Ils célébreront ta gloireSur l’aile des vers,Et rediront ta mémoirePar tout l’univers.

Nous, nous aurons, je l’espère,Des enfants, un jour,Qui feront, comme leur père,Des vers à leur tour.

104 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La muse gaillarde, Paris, ÉDITIONS RIEDER, 1939· numérisation wikisource.org· Sources