La muse gaillarde, 1876‑1924· Propos de cabaret
Ballade du vin de France
MAÎTRE Soleil, de par le monde,A quelques coteaux préférés,Qu’il couve avec soin et féconde,Et dont il fait ses prieurés ;Il y mûrit les vins dorés,Ou pleins de rouge turbulence :De tous ces vins, vous me croirez,Je préfère le vin de France.
En Espagne, où la vigne abonde,Les raisins sont aussi pourprésQu’en Bourgogne ou dans la Gironde ;Mais ils donnent des vins sucrésBons pour des palais de curés,S’ils sont nobles comme BraganceNous sommes Bourbons, nous, madrés :Je préfère le vin de France.
Et vous, que le ciel vous confonde,Vins du Nord, si maniérés,Mûris par la lune inféconde ;Quoi qu’on dise, vous ne vaudrezJamais nos plus tristes poirés. —Vin de Tokai, vin de Constance,En vérité, vous me navrez :Je préfère le vin de France.
Prince, lorsque vous reviendrez— Ce sera demain, je le pense ; —Nous boirons tous, et vous boirezLe tant joli vin de la France.
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La muse gaillarde, Paris, ÉDITIONS RIEDER, 1939· numérisation wikisource.org· Sources