La muse gaillarde, 1876‑1924· Propos de cabaret
Chanson
SI j’étais roi de quelque endroit,Tout mon peuple serait ivrogne,Car je punirais sans vergogneLes ceuss qui marcheraient trop droit.
J’aurais des ministres suavesChargés tout naturellementDe l’unique départementDe mes cuisines et mes caves.
Des vignerons ! point de soldats,La seule et superbe consigneÉtant de cultiver la vigneAux quatre coins de mes États.
Les palais de ma SeigneurieSeraient de vastes cabarets,Mille tonneaux de vins clairetsMa pacifique artillerie.
Je ne porterais sur mon frontAucune pesante couronneMais de rouges pampres d’automneEt des grappes de raisin blond.
J’aurais pour trône une futaille,Pour sceptre un verre et même deux,Une bouteille de vin vieuxSerait mon sabre de bataille.
Que si nous manquions de raisins,Mon peuple et moi ferions la guerre,Et je nous vois armés d’un verreAllant boire chez les voisins.
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La muse gaillarde, Paris, ÉDITIONS RIEDER, 1939· numérisation wikisource.org· Sources