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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

La muse gaillarde, 1876‑1924· Propos de cabaret

Chanson d’automne

Raoul Ponchon· 66 vers

Trop de raisins cette année.(Journaux.)

L’ÉTÉ n’a pas été tenable.Il fit une chaleur du diable.— C’est imprimé, ça me suffit.Car moi, j’ai joui, dans ma cave,Tout l’été, d’un froid scandinave,Ce qui fut pour moi tout profit.

Pendant des mois et des semaines,Il paraît qu’en certains domainesIl ne tomba pas assez d’eauPour réaliser un baptême.Il n’en tomba pas de quoi mêmeM’en faire un modeste cadeau !

Le soleil pompa les courages.Les arbres et les pâturagesN’étaient plus que des fumerons.Les vaches, en quelques provinces,Durent — leurs pis étant trop minces, —Nourrir les veaux au biberon !

Les brebis grasses étaient maigres,Les gens plus roussis que des nègres,Paraît-il, en ces jours maudits.Pour manger des pommes de terre,Il fallait être milliardaire…On faillit manquer de radis.

Ainsi se plaignit le vulgaire.Mais ce que l’on ne nous dit guère,Où l’on n’insiste pas surtout,C’est que, pendant ces jours torrides,Où les citernes étaient vides,— Ce dont je me moque après tout —

Aux fins et but de Vendémiaire,Le soleil versait sa lumièreSur nos admirables coteaux,Et, pour nos futures agapes,Nous façonnait de telles grappesQu’elles résistaient aux couteaux.

Mon exigence n’est pas grande :C’est tout ce que je lui demandeAu soleil. S’il plut seulementDe quoi faire gonfler la vigne,Pendant cette saison maligne,Il aura plu suffisamment.

Ainsi, nous aurons, cette année,Une plantureuse vinée.Le vin sera moins cher que l’eau.Les pauvres gens pourront en boireÀ s’en décrocher la mâchoire.Ah ! que voilà qui sera beau !

Et donc, gens de toutes paroisses,Oubliez vos sombres angoissesEt vos déboires de l’été,Puisque vous apporte l’automneDu vin vermeil à pleine tonne,C’est-à-dire joie et santé.

J’irai même plus loin. Qu’importeQu’on n’ait rien, dans la saison morte,À manger, si l’on a du vin !Car, comme l’a dit HippocrateEn qui toute sagesse éclate :« Le vin pur apaise la faim. »

Mais n’insistons pas davantageSur le vin et ses avantages…Ce serait trop long. Et d’abord,L’important — dit encor Grégoire,En parlant du vin — c’est d’en boireÀ moins que vous ne soyez mort !

66 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La muse gaillarde, Paris, ÉDITIONS RIEDER, 1939· numérisation wikisource.org· Sources