La muse gaillarde, 1876‑1924· La muse gaillarde
Féminisme
TAS d’électeurs que vous êtes,Pourquoi n’avoir pas nomméUne de nos suffragettes,En ce triste mois de mai ?
Au vilain sexe mêlée,Elle pouvait égayerVotre future assemblée.Que risquiez-vous d’essayer ?
La femme, c’est le sourire…Même, en plus d’un altercas,Elle a bien son mot à dire.Comme tel, — en tous les cas,
Orateur au taximètre,Elle tiendrait le crachoirÀ la Chambre, et mieux, peut-être,Du matin jusques au soir,
Pour dire la même chose.Et qu’attendez-vous de plus(Puisque aussi bien on en cause)Des trois quarts de vos élus ?
Serait-il pas mieux, mon âme !…En outre, que nos écusAllassent à quelques femmesQue non pas à leurs cocus ?
N’en parlons plus. Le litige,Hier, fut tranché par vos soins.Mais vous avez eu tort, dis-je,De n’en élire une, au moins !
C’est d’autant plus ridiculeQu’il semble bien qu’aujourd’hui,À la céleste pendule,L’heure du beau sexe ait lui.
Nous avons des avocates,Des artistes, Dieu merci !Suaves et délicates,Et des savantes aussi.
Il est des femmes, plus d’une,Que je ne nommerai point,Pour n’en chagriner aucune,Et qui rendraient plus d’un point
À tel de nos psychologues,De nos meilleurs écrivains,Encore qu’on épilogue.C’est incontestable. Enfin,
Pour ceux-là qui savent lire,Nos romanciers précieuxEt nos bons porteurs de lyresNe sont pas tous des messieurs.
Et ces quarante momies,Qui ne veulent pas de laFemme en leurs Académies !…Et cependant, oh ! là là !
La grâce au talent unie,Je crois qu’une femme vautUn homme sans nul génie,Et qui ne serait pas beau…
Sous leur coupole morose,Serait-ce pas comme quiDirait un bouton de roseDans un carré de persil ?
Bref, quoi qu’on dise ou qu’on fasse,La femme tout embellit,Croyez qu’elle tient sa placePartout, — même dans un lit.
64 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La muse gaillarde, Paris, ÉDITIONS RIEDER, 1939· numérisation wikisource.org· Sources