La muse gaillarde, 1876‑1924· La muse gaillarde
La crinoline
Ces dames songent à
ressusciter la crinoline.(Journaux.)
SAVEZ-VOUS bien, ô femmes,Que ce serait infâmeSi vous en reveniezÀ ces paniers
Dénommés crinolines.Y seriez-vous enclines ?Que ce serait rossardDe votre part !
Ô femmes versatiles,Vous avez quelque style,Dessous votre harnois,Pour une fois ;
Vous êtes habillées,Presque déshabilléesPour le plaisir des yeuxÀ qui mieux mieux.
Votre présente robe,Loin qu’elle vous dérobeVous gante étrangement,Éloquemment ;
Accusant votre galbeDepuis votre nuque albeJusques à vos molletsSi rondelets,
Et vos hanches perfidesSuperbes, impavides,Et les durs cabochonsDe vos nichons.
Depuis longtemps, vous dis-je,N’eûtes tant de prestige,Et vous nous ravissez,Quand vous passez ;
Et que d’un menu gesteSi gentil et si presteVous insistez encorSur ce décor,
En levant votre jupePour que notre œil s’occupeDe vos jolis dessous…Hélas de nous !
Quoi ! vous voulez, cruelles,Si belles telles quelles,En revenir à vosCages à veaux,
Ces crinolines ordes !Seigneur, miséricorde !C’est à fuir de ce pasDans les pampas.
Ô démence ! ô délire !On ne pourra plus direSous ces trompeux dehors,Quel, votre corps ?…
Sous ces cages muettes,On dira que vous êtesUn peu couci couciEncore, si
— Pour avoir nos suffrages —Elles étaient, ces cages,Telles qu’en leur réseauOn vît l’oiseau…
60 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La muse gaillarde, Paris, ÉDITIONS RIEDER, 1939· numérisation wikisource.org· Sources