La muse gaillarde, 1876‑1924· La muse gaillarde
Invitation à la valse
MIGNONNE, voici le juin.Il fait une chaleur folleÀ griller un Bédouin,À fondre le Protocole.
C’est le moment de sottirEt d’aller à la campagneAu lieu d’icigo rôtir.Viens, qui m’aime m’accompagne.
Si tu veux, soyons hideux :Mets ton habit de cyclisteÉquivoque et hasardeux,Moi, mon pantalon d’artiste.
Que le laid et l’odieuxSoient notre seul point de mire.Qu’importe ! puisque les dieuxNe veulent plus nous sourire.
Emporte tous les journauxAfin qu’à l’ombre d’un hêtreNous lisions des tribunauxLe compte rendu champêtre.
Tu liras l’IntransigeantPendant que Bibi l’Aurore.Si l’un t’est un astringentL’autre m’est une ellébore.
Ensuite je m’appuieraiLe rapport de cet oracleQu’on nomme Ballot-Beaupré,Si tu n’y vois pas d’obstacle.
Moi je serai dreyfusardAbsolument par mégarde,Et toi, comme par hasard,Ma chère, antidreyfusarde.
Si tu veux, vice versa,Tu n’y tiens pas davantage,Moi-même, pas plus que ça ;Tu vois d’ici l’avantage.
Et tandis nous échangerCes printanières querelles,Partout on verra neigerDes plumes de tourterelles…
Mais le soir nous a surpris.Alors, ô ma bien-aimée,Nous rentrerons à ParisEn criant : « Vive l’Armée ! »
44 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La muse gaillarde, Paris, ÉDITIONS RIEDER, 1939· numérisation wikisource.org· Sources