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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

La muse gaillarde, 1876‑1924· La muse gaillarde

Jupe ou culotte ?

Raoul Ponchon· 72 vers

QUOI prévaut ? Culotte ou jupeTelle est l’âpre questionQui pour le moment occupeLa publique attention.

En attendant que dans RomeOn en ait concilé, jeCrois que si, telle qu’un homme,Tu vas enjambant ton pneu,

Ô cyclewoman lectrice,Une culotte convientPlutôt à cet exerciceQue tu honores combien !

Au point de vue artistiqueLequel détient le record ?Seigneur, dieu de la Plastique,Mets-nous là-dessus d’accord.

Aujourd’hui, tel qu’il le porte,L’affreux pantalon bouffantFait au sexe en quelque sorteUn derrière d’éléphant.

Est-il plus hygiénique ?Il ne l’est ni plus ni moinsQue la jupe. Aussi pudique ?Tout autant. M’en soient témoins

Ces messieurs. Il nous dérobe,Voilà pour nous le plus clair,Tout aussi bien qu’une robeCe qui nous est le plus chair.

De manière qu’il nous dupeCe pantalon godichon,On ne sait si qui l’occupeC’est du lard ou du cochon.

Mais voilà qui me défriseEt met mon flair en défaut :La jupe une fois admise,Ma chère, en somme, il te faut

Cependant une culotteDessous ? ça fait double emploi,Car il t’en faut, saperlotte !Une culotte ! sans quoi

L’on pourrait voir sans chandellePour peu que lâchant ton pneuTu ramasses une pelleLa ousque tu as un bleu.

Mon Dieu, d’effroi je n’en beugle,Tu peux bien penser que jeNe deviendrais pas aveuglePour assister à ce jeu.

Quoi qu’il en soit je déclareN’aimer point tout ce chiffon.Et si la jupe est bizarreLe pantalon est bouffon.

Laissez-moi donc cette jupeDont vous vous embarrassezAux Riquettes à la huppe,Ô cyclistes, et laissez

Cette culotte aux zouaves,Et dans un maillot collantMontrez vos formes suaves,Ce sera bien plus galant.

Montrez vos lignes parfaites…Que diable, nos pauvres yeuxN’ont déjà pas tant de fêtesSous la culotte des cieux…

(Pardon !) Loin d’être prodiguesDe votre corps argenté,Vous ne sortez que vos gigues :C’est peu pour notre santé.

Pour paraître ainsi vêtuesJe suppose, en résumé,Que vous êtes mal foutuesJusqu’à plus ample informé.

72 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La muse gaillarde, Paris, ÉDITIONS RIEDER, 1939· numérisation wikisource.org· Sources