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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

La muse gaillarde, 1876‑1924· La muse gaillarde

La question du bas noir

Raoul Ponchon· 72 vers

AH dieux ! qu’ouis-je ? Ciel ! qu’apprends-je ?Voilà pour le moins de l’étrange :Il paraîtrait que le bas noirTend à déchoir.

Le bas noir ! la seule conquêtePeut-être que la femme ait faiteSur la nommée Antiquité !En vérité

Quelle exécrable cuisinièreSans cervelle, toute en derrièreA fait courir ce vilain bruitQui me poursuit ?

Car je veux bien admettre encoreQue ce n’est qu’un bruit de pécore.Hélas ! si pourtant c’était vrai !Je m’en irai,

J’abandonnerai ma patrie,Aussi ma petite chérie :Est-ce que je saurais la voirSans son bas noir ?

Le bas noir qui fait qu’une belleN’aurait-elle que ça sur elleEst vêtue assez décemmentPour son amant.

Le bas noir qui si bien l’habilleLe matin et la déshabilleLe soir, vouloir le supprimer !Ça fait bramer.

Mais le plus extraordinaireC’est qu’on parle dans cette affaireD’y substituer le bas blanc,C’est époilant !

On me dira : mais nos grand’mèresN’étaient pas, je crois, des chimères ;Elles adoptèrent pourtantCe vil bas blanc.

Oui, sans doute, mais nos grand’mèresÉtaient simplement nos grand’mèresEt… requiescant in paceDans le passé.

Et puis, on peut dire une choseC’est qu’à leur époque morose,Et pour ainsi parler, les basN’existaient pas.

On sait, et de source certaine,Que par peur de Croquemitaine,Leur descendaient les pantalonsJusqu’aux talons.

Elles ne montraient leur bas guère,Ils n’étaient pas harnois de guerre,Ainsi — les pauvres innocents —Qu’en dix neuf cents.

Alors, vous pensez bien, qu’ils fussentMordorés, blancs ou couleur puceC’était kif-kif pour le michetQui s’en fichait.

Tandis, voyez de noir gantéesLes jambes fines et futéesDu plus misérable trottin…Sacré mâtin !

Vous voilà parti pour la… gloireTellement, c’est à n’y pas croire,Un bas montré noir à proposVous rend dispos.

Par contre, un blanc vous décourage,Il est bête, vide, sauvage ;Va donc, infortuné galant,Suivre un bas blanc !…

Le bas blanc, voyez-vous, madame,N’est bon, en sa candeur infâmeQu’à faire valoir le jarretDe Montjarret.

72 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La muse gaillarde, Paris, ÉDITIONS RIEDER, 1939· numérisation wikisource.org· Sources