La muse gaillarde, 1876‑1924· Les belles paroles
La cage
MA tête est une étrange cageOù dorment mille oiseaux siffleurs ;Ils sont jolis comme des fleurs,Sous leur divertissant plumage.
Si je veux troubler leur sommeilEt faire chanter des l’auroreCette cage multicolore,je bois un peu de vin vermeil.
Aussitôt commence la fête :Fauvettes, merles et pinsonsM’assourdissent de leurs chansonsEt tourbillonnent dans ma tête.
Le rossignol donne le la,Il possède toute la lyre ;Et l’alouette tirelireTirelire lire lan la.
Le vif courcaillet de la cailleSe mêle aux trilles du linot,Et le misérable moineauY va de son refrain canaille.
C’est un vacarme s’il en fut,À peine si je m’entends vivre ;Ces bougres-là me rendent ivreAvec leur terrible raffut.
En tout cas ils sont gais, les pauvres,Ils sifflent, d’après leurs aïeux,Les dialectes merveilleuxQue l’on parle dans les Hanovres.
Ce sont mélanges assortisDe volapük et de kabyle,Où le cochon le plus habileNe trouverait pas ses petits,
D’indéchiffrables ulalumes !Il n’est pas jusqu’au perroquetQui ne jappe comme un roquet,Le détestable singe à plumes !
Pépiez, gringottez en chœurDans ce désordre mémorable,Faites un tapage du diable,Chers petits oiseaux de mon cœur ;
Pour vous sortir de la nuit noireEt vous voir naître à la gaîté,Grâce à ce vin fait de clarté,Je passerais mon temps à boire.
44 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La muse gaillarde, Paris, ÉDITIONS RIEDER, 1939· numérisation wikisource.org· Sources