La muse gaillarde, 1876‑1924· Les belles paroles
La lune
OR, la Lune d’argent disait au Soleil d’or :— Si tu es empereur, je suis impératrice ;Et quand d’un léger vol au ciel je prends l’essor,Mes poètes aimés me nomment bienfaitrice.
Je suis pâle, il est vrai, mais je suis belle aussi,Et quand tes derniers feux se sont éteints dans l’onde,C’est mon tour de voguer sur le monde obscurciComme un grand cygne blanc sur une mer profonde.
De délicates fleurs dont le cœur est ferméPar le trop vif éclat du jour intimidées,Daignent s’épanouir pendant mes nuits de maiPar mon tiède regard doucement fécondées.
Par les forêts de rêve et les bois apaisésJe berce les amants dans mes limpides voiles,Mes rayons leur sont doux ainsi que des baisers,Et je suis reine avec mon cortège d’étoiles.
Je passe lentement et ne fais pas de bruitDe crainte d’éveiller les vierges endormies ;Et pour les pauvres gens que l’âpre sort poursuitMes yeux fleurdelisés ont des lueurs amies ;
21 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La muse gaillarde, Paris, ÉDITIONS RIEDER, 1939· numérisation wikisource.org· Sources