La muse gaillarde, 1876‑1924· Propos de cabaret
La déclaration ministérielle
MESSIEURS les Sénateurs, Messieurs les Députés,Merveilleux orateurs justement réputés,L’humble cabinet qui devant vous se présenteN’a d’autre ambition à l’époque présenteQue de continuer avec convictionCette œuvre d’entente et conciliationRépublicaines commencée en la journéeDu trois Décembre où la crise fut ajournée.
Notre pays voit — est-ce une aberration ? —Dans cette beautiful manifestationDe l’Assemblée, hier pleine encor de tangage,De paix intérieure un très précieux gage ;Lui donner cette paix est pour nous un devoir.Le pays tout entier se berce de l’espoirQu’aux agitations politiques civilesQui font s’entre-tuer les habitants des villesVa succéder — au moins jusques à cet été —Une ère de repos et de tranquillitéSi nécessaire à la reprise des affairesDepuis longtemps languissantes et poitrinaires.
Pour répondre à ce que la France attend de nous,N’en doutez pas, Messieurs, avec un soin jalouxPendant ni plus ni moins qu’une semaine entièreNous potasserons la question financière,La sociale et puis l’économique aussi,Itou la militaire : elle s’impose siImpérieusement à la sollicitudeDu Parlement que j’en ferai ma propre étude.
Dans l’ordre financier nous continuerons àTravailler sans cesse à rééquilibrer laBalance budgétaire un tantinet bancaleÀ la suite de la crise commercialeQui sévit sur le vieux monde et sur les nouveaux,Par l’exécution rapide de travauxProfitables à notre industrie ordinairePour lutter contre la concurrence étrangère ;Par l’argent consacré tant à l’instructionDe la jeunesse, espoir de toute nation,Qu’à l’énorme et pourtant très utile dépenseQue réclame à grands cris du pays la défense.Nous avons déjà mis de côté beaucoup d’or ;Nous nous efforcerons d’en mettre plus encor,Afin d’équilibrer la chose budgétaire.(Voir plus haut.) Nous ferons — tel l’ancien ministère —Tout ce qu’il faut pour réprimer avant un moisLes fraudes et les dols qui lèsent à la foisEt le trésor public et le commerce honnête.
De plus, et là-dessus notre idée est très nette— Comme les autres — nous étudierons d’abord(je le répéterai, Messieurs, jusqu’à ma mort)Les réformes que l’on appelle financières.(Voir plus haut.) Cauchemar des Chambres devancières.Avec le vif désir de nous entendre un brin,Je crois que nous pourrons sortir de ce pétrin :Ces réformes, d’ailleurs, sont celles, je suppose,Que la commission du budget nous propose.
Nous vous demanderons aussi très instammentDe procéder, et ça le plus rapidementQue possible, et plus vite encore car ça urge,Plus vite assurément que n’agit une purge,À la discussion des lois qui touchent auxCent branches du travail de nos nationaux.Parmi ces lois, Messieurs, qui veulent une prompteDiscussion, il faut qu’au premier rang je compteCelle concernant la responsabilitéEn cas d’accidents, trop fréquents en vérité,Dans les ateliers et dans les manufactures,Dans les usines où les tâches sont si dures ;Nous réglementerons le travail des enfantsEt des femmes dans tous les établissements ;La caisse de secours ainsi que de retraiteDes mineurs sera le digne objet d’une enquête.Puis, nous réformerons la législationSur les faillites qui reste en suspension ;Nous ferons le projet d’avoir souci des Mines ;Cadastres, orphéons, mille choses badines.Vagues sociétés de secours mutuels,Caisse d’Épargne auront nos soins habituels ;Nous organiserons dans le sein des campagnesL’Assistance Publique ; aussi sur les montagnes.Le développement de notre enseignementAgricole obtiendra quelque encouragement ;Enfin, nous vous créerons, chambres d’Agriculture !Code rural, je vois ta mise au point future !
Tenez, pendant que vous êtes encor deboutÉcoutez-moi, Messieurs, je vais vous dire tout :Nous serions enchantés, je le dis sans mystère,Que vous potassiez notre loi militaire.Tel est, à notre avis, en deux mots comme en cent,Le travail qui semble aujourd’hui le plus pressant ;Mais pour accomplir cette œuvre il est nécessaireQue les républicains ne forment qu’un seul frère ;Constatons d’autre part, et c’est là le bouquet,Que le gouvernement de la République estEn bons rapports avec les nations voisines :La France et l’Allemagne ont l’air de deux cousines.
Désireux du maintien de la paix au dehors,À calmer les esprits tendront tous nos efforts.Serviteurs dévoués de la chose publique,Nous voulons assurer d’une main énergiqueLe respect de nos lois. N’est-ce point déjà beau ?Ce nous serait un jeu d’avaler un chameauAuprès de ce travail. Nuit et jour sans relâchePourtant, on nous verra suer à notre tâche,Qui est de conserver surtout ta dignitéFrance républicaine et ta prospérité !
Pour le Ministre de l’intérieur, RAOUL PONCHON.
106 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La muse gaillarde, Paris, ÉDITIONS RIEDER, 1939· numérisation wikisource.org· Sources