La muse gaillarde, 1876‑1924· La muse gaillarde
Madrigal
COMME il faudrait, reine de mes amours,Un rythme aux précieux contoursPour célébrer l’originalitéDe ta fière beauté,
Je ne saurais, vois-tu, trouver des motsQui soient d’assez parfaits émauxPour enchâsser dans leurs flancs précieuxLa grâce de tes yeux.
La neige auprès de toi semble du lait,Le lis royal est ton valet,Le cygne est blanc, mais il faut pour celaQue tu ne sois pas là.
Il me vient plus de chaleur et d’éclatDe ton visage délicatQue du soleil qui fait fleurir les fleursAux cent mille couleurs.
Je ne sais pas de son plus étonnantQue ton parler si doux sonnantEt les oiseaux qui ravissent les boisSont jaloux de ta voix.
Auprès de toi, fleur de ma passionToute grâce est illusionEt le regard d’un Dieu te faneraitEt te profanerait.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La muse gaillarde, Paris, ÉDITIONS RIEDER, 1939· numérisation wikisource.org· Sources