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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

La muse gaillarde, 1876‑1924· La muse gaillarde

On demande des jolies femmes

Raoul Ponchon· 72 vers

On demande quarante jolies
femmes jeunes et bien faites,
de préférence des modèles et
des danseuses, pour la Revue
qui sera jouée en juillet à
l’Alcazar d’Été.

S’IL est quelques poupéesEncore inoccupéesJusqu’à ce jour ici,Quelques jeunes personnesMignottes et mignonnesEt bien faites aussi,

Il nous en faut quarantePour la saison courante,À l’Alcazar d’Été.Que céans elles viennent,Et surtout se souviennentDu jour plus haut cité.

Venez, exquis modèles,Vous qui restez fidèlesÀ la beauté du corps,Et qui de l’Art antiqueConservez la plastiqueEn vos divins records.

Venez, venez encoreVous qui de TerpsichoreÉcoutez les leçons ;Pas besoin de géniePour la cérémonie :Nous vous en dispensons ;

Car tout ConservatoireEst superfétatoire.Pourvu que vous ayezLes deux jambes bien faites,C’est assez pour nos fêtes,Ainsi donc, vous voyez…

Venez, les bachelettes,Pas besoin de toilettes,Tout voile est inhumain.Femme comme statueEst encor trop vêtueD’une rose à la main.

Même un peu d’aphonieSerait en harmonie…Une femme, je crois,Muette comme soucheDès qu’elle ouvre la boucheA déjà trop de voix.

Surtout n’allez pas direAvant de vous inscrire :« Mais nous ne savons rien,Nous ne savons rien faire… »— Rien faire ! bonne affaire !Nous vous apprendrons bien.

Chez nous on le proclame :Ici-bas, une femmeEn sait toujours assez,Suffisamment excelle,Quand elle est jeune et belle,Comme bien vous pensez.

Et les différents hôtesQui ne vous font pas fauteViendront jouir surtoutDe votre aimable vueDans la nôtre Revue…Et puis !… un point, c’est tout.

Allons, brunes et blondes,N’en est-il plus au mondeDe vos minois fleuris,De vos jambes d’archange ?Ce serait bien étrangePuisqu’on est à Paris.

Encore un mot, j’ajoute :Je ne mets pas en douteQue chacune de vousNe trouve son Messie :Un grand-duc de RussieOu deux rajahs indous.

72 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La muse gaillarde, Paris, ÉDITIONS RIEDER, 1939· numérisation wikisource.org· Sources