La muse gaillarde, 1876‑1924· La muse gaillarde
Patinage
Il patinait merveilleusement…(VERLAINE.)
ALLEZ, petites femmes,Tournez, petites âmesLégères comme l’air,Délicates sylphidesSur vos patins rapidesPassez comme l’éclair ;
Passez, souples Lianes,Les Vénus, les Dianes,Les Mômes DucrocketAuprès de qui les GrâcesSemblent lourdes et grasses,Ont l’air de vrais paquets.
Passez comme des leurres,Tournez comme les heuresEt les jours et les ans ;Ô visions trop brèves !Passez comme les rêvesSitôt fuis que présents !
Passez, petites féesBellement attifées,Oiseaux effarouchésEn ces molles écumesDe dentelles, de plumesOù vos corps sont nichés ;
Cependant que la glace,Monotone surface,Sous votre flot mouvantQuitte sa teinte grise,Et rayonne et s’iriseComme un jardin vivant,
Jardin de chrysanthèmesÉbouriffés, suprêmes,Qui tantôt querelleurs,Tantôt pleins de sagesse,Iraient changeant sans cesseDe forme et de couleur.
Passez, petites féesBellement attifées,Oiseaux effarouchésEn ces molles écumesDe dentelles, de plumesOù vos corps sont nichés.
Passez comme des leurres,Tournez comme les heuresEt les jours et les ans ;Ô visions trop brèves,Passez comme les rêvesSitôt fuis que présents.
Si par hasard, mes belles,Vous ramassez des pelles,Vous faites pas bobo,Mais tombez avec grâce :Faut tomber sur la glaceComme sur le dodo.
56 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La muse gaillarde, Paris, ÉDITIONS RIEDER, 1939· numérisation wikisource.org· Sources