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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

La muse gaillarde, 1876‑1924· La muse gaillarde

Va donc, eh, la pudeur

Raoul Ponchon· 72 vers

J’ai connu un jeune spoliateur qui
tirait des pets d’un âne mort et s’en
faisait vingt mille livres de rente.Pantagruel.

ÉTAIT un’ fois quatr’ modèles,Sarah, Suzanne, Manon,Et la quatrième d’ellesC’était Yvonne son nom.

L’une châtain, la secondeRousse comme du pain cuit ;Si la troisième était blonde,La der on eût dit la nuit.

Et chacune était très belle,L’une et l’autre étant bonne àTout faire en tant que modèle,Chez Henner ou chez Bonnat.

Elles posaient la MadoneOu la mère de l’Amour,Ou bien ta « fin, Babylone »,Sinon Ève au premier jour.

Un beau jour, on les inviteÀ ce bal dit « des Quat’-z-Arts » ;Elles acceptent bien vite ;S’amuser ! par quel hasard !…

— Puisque nous sons des modèles,Que nous travaillons pour l’Art,Il faut mettre, disent-elles,Un costume un peu flambart.

La première s’était miseSimplement, sans falbalas,N’ayant rien qu’une chemiseQu’elle portait sur son bras.

La deuxième était vêtueD’une rose dans la main ;On eût dit une statueQui doit s’habiller demain.

La troisième, ah ! la troisième !Fallait la voir, voyez-vous ;Elle avait — Dieu, que je l’aime ! —Des anneaux d’or aux genoux.

La der avait un costumeQuelque peu… zizi panpan :Dans les cheveux une plumeQue l’on veut croire de paon.

Au bal on leur fit des fêtesÀ peine franchi le seuil ;Elles étaient si bien faitesQu’on se rinçait — combien ! — l’œil !

Tout à coup passe un vieil homme,Un vieil homme pas très beau ;Il ne tenait pas de pomme,Mais à la main son chapeau…

Il accoste la premièreEt lui demande pourquoiCette toilette légère ?Elle répond : Quoi ! de quoi ?

Sache que je suis modèle,Ce qui fait que mon métierEst — d’autant que je suis belle —De montrer mon corps entier.

Il demande à la seconde :— Et toi ? — Moi, vilain magot,C’est parce que je suis blondeEt qu’il fait bigrement chaud.

Il demande à la troisième :— Pourquoi si peu te vêtir ?Elle dit : — C’est un problèmeQue je ne puis définir.

Il interroge l’ultimeQui dit : — Moi, c’est différent,J’ai pas même le centimeQui commencerait un franc.

Alors, lui, pris d’un beau zèle,Prit aussitôt huit mouchoirsDont il cacha de nos bellesLes huit seins qu’il ne put voir.

72 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La muse gaillarde, Paris, ÉDITIONS RIEDER, 1939· numérisation wikisource.org· Sources