La muse vagabonde, 1876‑1924· Septième partie Toute la lyre
Bouquet a Chloris
Imité de l’Italien.
Les lis parfaits et purs, mystiques encensoirsQui versent leurs parfums dans la pourpre des soirsNe sauraient se montrer à toi sans arrogance,Fleur d’élégance.
Le vent tout imprégné de l’haleine des rosesEt des fleurs de jasmin nouvellement éclosesN’ose près de ton souffle en tirer vanité,Fleur de suavité.
Ta bouche n’a d’égale au monde que ta boucheEt je suis envieux du zéphir qui la touche ;Tu parles, aussitôt une rose fleurit,Fleur d’esprit.
Tes dents, lorsque tu ris, éclairent ton visage ;Et l’air palpite au seul espoir de ton passage,Et ton passage fait le jour avant le jour,Fleur d’amour.
Tes oreilles sont deux coquillages nacrésSous les flots incessants de tes cheveux dorés ;Tes yeux sont comme deux violettes de Parme,Fleur de charme.
Ton regard, c’est pleuvoir sur moi des rayons d’orSi tu fermes les yeux, tu m’éblouis encor ;Ton nez… ah ! qui dira le nez de ton Altesse ?Fleur de délicatesse.
Je crois en te voyant que la terre a quinze ans,Que les cieux sont d’hier : sous tes pas bienfaisantsLe joli blé se dore et la vigne rougeoieFleur de joie !
1876
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La muse vagabonde, Paris, BIBLIOTHÈQUE-CHARPENTIER, 1947· Sources