La muse vagabonde, 1876‑1924· Septième partie Toute la lyre
La chanson de la vie
Ne crois pas que la vie soit morte,Le monde n’est pas près de finir,Il commence à peine aujourd’hui !
Lorsque le Soleil s’est couchéN’y a-t-il pas un certain lampisteQui vient allumer la Lune ?
La vie s’envole mais ne meurt pas :Elle perd un peu de ses plumesQui habillent d’autres oiseaux.
Le vin bleu que tu m’as fait boireSur tes lèvres, en t’en allant,Je ne l’ai pas trouve fameux.
Un autre te l’avait donné,En s’en allant, en t’en allant :Je vas le refiler au suivant,
De bouche en bouche il a passé,De bouche en bouche il passeraAinsi jamais ne se perdra.
Ne crois pas que la vie soit morte,Le monde n’est pas près de finir ;II commence à peine aujourd’hui.
1888
21 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La muse vagabonde, Paris, BIBLIOTHÈQUE-CHARPENTIER, 1947· Sources