La muse vagabonde, 1876‑1924· Septième partie Toute la lyre
Le maréchal Davoust
Sur un dessin d’Henri Pille.
La neige tombe à gros flocons et nulle traceDe chemin. Dispersés sous ces horribles cieuxLes Français fuient. Davoust comme un victorieuxVeut qu’on batte la charge afin que chacun passe.
Mais de quelque côté qu’ils sondent cet espaceLeur linceul de demain se trame sous leurs yeux,Et voici tout à coup, dans l’air silencieux,Le roulement hésite et tout à fait s’efface.
Alors Davoust surpris de n’entendre plus rienS’élance au front de ses troupes, et dit : « Eh bien,Pourquoi donc le tambour ne bat-il plus la charge ? »
On lui dit : « Maréchal, le seul tambour vivantA tous les doigts gelés !— C’est donc moi qui m’en charge,Dit Davoust, donnez-moi sa caisse, et : En avant ! »
1887
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La muse vagabonde, Paris, BIBLIOTHÈQUE-CHARPENTIER, 1947· Sources