La muse vagabonde, 1876‑1924· Troisième partie Choses et gens
Centenaire de Dumas fils ?
Depuis déjà pas mal de lunesDumas fils était enterré,Enterré plutôt dix fois qu’une,Peut-être même incinéré.
Déjà ses pièces de théâtreParaissaient d’un art moins hardiEt causaient un ennui saumâtreMême aux abonnés du mardi.
Et la moyenne bourgeoisieSeulement pouvait prendre encorPour lanterne cette vessie,Cette surface et ce décor.
Enfin on était bien tranquille,On ne nous rasait plus de lui.Il était rentré dans l’argile.Et voilà-t-il pas qu’aujourd’hui
Quelques-uns de l’AcadémiePris d’un zèle rétrospectif,Se ruent comme une épidémieSur ce mort heureux sous son if.
Corneille ne fut qu’un ancêtreQuelconque auprès du fils DumasA les entendre, le vieux maîtreN’en eût été que le Thomas.
L’un nous a vanté son génieTel autre sa facilité ;Celui-ci sa psychologie,Celui-là sa moralité.
Ce fut autant de pelletéesDe terre et de pavés aussiImpitoyablement jetéesSur l’illustre mort, mais aussi
Ce Dumas qui toute sa vie,N’ayant jamais été bercéQue par l’âpre philosophieDe notre vieil oncle Sarcey,
Avait et jusques au délireJusques au suprême attentatPoussé le mépris de la Lyre,Nul poète ne l’exalta.
1924
40 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La muse vagabonde, Paris, BIBLIOTHÈQUE-CHARPENTIER, 1947· Sources