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un seul est le mot juste.

La muse vagabonde, 1876‑1924· Troisième partie Choses et gens

La femme au paon

Raoul Ponchon· 68 vers

A Falguière.

Quand deux heures à la PeintureVous avez souffert par devoir,Vous descendez à la Sculpture,Mais ce n’est guère pour la voir.

C’est que vous savez, bonnes âmesQue vous êtes, y rencontrerLes plus délicieuses femmesQue la terre puisse montrer.

Et ce sont nos ParisiennesEn leurs toilettes de haut goût,Dont les grâces patriciennesFont les délices de partout.

Que sont auprès de vous, marquises,Les autres femmes ? Des torchons,Ni plus ni moins : et nous, exquises ?De très misérables cochons.

Le jardin bientôt se décoreDe leurs costumes turbulents.C’est une mer multicoloreAux écumes de marbre blanc.

Par cette matinée, auroreDu jeune et pimpant mois de mai,Les femmes nous semblent encoreMieux, selon Pus accoutumé.

Elles sont encor plus joliesQue les autres jours, j’en suis sûr,De plus de merveilles rempliesQu’on n’en rêve au fond de l’azur.

C’est une flore spontanéeQue toute main voudrait cueillir ;On dirait que pour la journéeElles s’arrêtent de vieillir.

Et parmi les blanches statuesElles passent indolemment,Et sur les Vénus dévêtuesElles donnent leur sentiment.

« A la bonne heure, disent-elles,Ceux-là sont dans la vérité.Voilà des artistes fidèlesAu culte de notre beauté.

« Il est certain que ce FalguièreN’est pas le dernier des crétins,Et que cette femme si fièreOffre aux regards mille festins.

« Oui, voilà bien comme nous sommes ;C’est bien ça notre corps chantantQue ces veinards de sales hommesSe mettent sans peur sous la dent.

« C’est bien notre port, notre touche ;Ces flancs pour l’instant apaisésPouvant, sous l’étreinte farouche,S’épanouir pour les baisers.

« On perçoit palpiter les veines,Respirer et battre le cœur :Certes, toutes choses sont vainesQue ne sert pas cet art vainqueur.

« C’est de la belle chair vivanteFaçonnée au mieux pour l’amour ;La grâce en est l’humble servanteEt le désir court tout autour.

« C’est aussi notre peau si tendre,Ainsi que nos yeux précieux…Hélas ! qui pourra jamais rendreTout le ciel qui tremble en nos yeux ? »

Et chacune murmure commeÇa, non sans quelque vanité :« Où me vit donc ce diable d’hommeEn ma troublante nudité ? »

1890

68 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La muse vagabonde, Paris, BIBLIOTHÈQUE-CHARPENTIER, 1947· Sources