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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

La muse vagabonde, 1876‑1924· Quatrième partie Les grandes odes

Hugo

Raoul Ponchon· 75 vers

O joie, ô victoire !Vingt-six Février !Date péremptoireA jamais notoireAu calendrier !

Dans un saint délireAllons tout de go,Messieurs de la Lyre,Derechef élireNotre père Hugo.

Allez pêle-mêleLes vivants, les morts,Et mâle et femelle.Cette occase est belleD’être tous d’accord.

Lamartine, ô cime !Et toi, pur GautierSavant dans l’escrimeEt l’art de la rime,Prince du métier.

Musset, Nerval, Beuve,Vent dans les roseaux ;Brizeux crue je treuveTriste comme un fleuveQui coule sans eau.

Toi, Barbier, farouche ;Vacquerie, bêlas !Arvers, une souche,Une fausse couche,Dont on fit un « as ».

Leconte de Lisle,Dierx, Heredia,Et Villiers de l’Isle —Adam, et BanvilleQui banvillonna.

Et Verlaine encore,Et FélicitéDesbordes-Valmore,Cette âme sonoreEt sans parité ;

Sombre Baudelaire,Et toi, fleur de Mai,Délicat Vicaire ;Glatigny lunaire,Mallarmé fermé ;

Tous ceux du Parnasse,Sans en oublier,Et, tel qui menace,Ardent et tenace,De tout fusiller ;

Et le symbolisteEt le décadent,L’esthète ou l’artisteCelui qui résisteA l’Art précédent ;

Allez tous, mazettes,Boire à la santéDu roi des poètes,Par lequel vous êtes,Vous avez été…

Il est votre père,Votre maître, et vousN’y pouvez rien faire.Il est l’atmosphèreOù vous vivez tous.

Accorde ta lyreA ton gré… le versQue tu vas écrire,Tu verras sourireLe Maître au travers.

Et n’ayez aucuneHonte en vérité :Ce n’est point des prunesQue de n’avoir qu’uneDe Ses qualités.

1902

75 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La muse vagabonde, Paris, BIBLIOTHÈQUE-CHARPENTIER, 1947· Sources