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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

La muse vagabonde, 1876‑1924· Sixième partie Fables et contes

L’hirondelle et le cochon

Raoul Ponchon· 50 vers

L’hirondelle dit au cochon :« Allons, au revoir, vieux cochon.Barbotte, mon ami, barbotteDans ton purin et dans ta crotte,Reste éternellement le nezFourré dans tes eaux de vaisselles.Pour moi, je me tire des ailesVers des cieux autrement peignés,Au paradis des hirondelles.

C’est un pays merveilleux, oùToujours rutile un soleil fou.Les saisons y sont sympathiquesEt non comme ici, lunatiques.L’air y est doux, tiède, béni,On s’y peut croire dans un nid.Là, les forêts les pins superbesVous font l’effet de touffes d’herbes.Que dire encore ?… Il va de soiQue les glands sont gros comme toi ! »

Et le cochon répliqua : « Vère !Est-ce qu’il y pousse des choux,Des choux et des pommes de terre ?— Tu parles ! mon vieux, et quels choux !— Bah ! je me trouve bien chez nous.Et puis, veux-tu que je te dise ?Moi j’en tiens pour la « marchandise »,Et tout pays, au demeurant,M’est notamment indifférent.

— Oui, mais voici le temps des brumes,Des neiges, des gels et des rhumes ;Il fait déjà froid. — Je m’en fous.Le froid est très bon pour les choux.— Mais enfin, ce temps-là vous tue !— Pas du tout, on s’y habitue.Et d’ailleurs, mon pauvre oiselet,Moi, je prends le temps comme il est.— C’est entendu, mais, en voyage,On voit de nouveaux paysages…C’est en voyageant qu’on s’instruit.

Là-dessus, le cochon gruit :— Voyager ! belle balançoire !J’ai voyagé, tu peux m’en croire.Encore cet été dernierJ’ai voulu changer de fumier.Va ! c’est toujours la même chose,Tous les fumiers sentent la rose ;Quant à m’instruire, plus souvent !A notre époque insociable,Je veux bien me donner au diable,Si cela sert d’être savant !

1922

50 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La muse vagabonde, Paris, BIBLIOTHÈQUE-CHARPENTIER, 1947· Sources