La muse vagabonde, 1876‑1924· Septième partie Toute la lyre
Sonnet du gigot
Un coquin de parfum gagne de proche en proche,Un parfum à la fois subtil et nourrissantEt tel que, si j’en crois mon odorat puissant,C’est un gigot à l’ail qui ronronne à la broche.
Comme il est cuit à point, vite qu’on le décroche ;Je n’ai jamais rien vu de plus attendrissant ;Pour ne pas être ému devant ses pleurs de sangIl faudrait, sur mon âme, avoir un cœur de roche.
Dites-donc à du veau qu’il vous en pleure autant,Madame, tra la la ! Mais sans perdre un instantSi nous en effeuillions quelques légers pétales ;
Car ta chair n’est que rose et que coquelicots,O suave bouquet de viande qui t’étalesSur ton lit préféré d’onctueux haricots !
1887
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La muse vagabonde, Paris, BIBLIOTHÈQUE-CHARPENTIER, 1947· Sources