La muse vagabonde, 1876‑1924· Troisième partie Choses et gens
Le vote des femmes
Pour quant à moi, je le proclame,Si j’étais un vieux sénateur,Les trouvant, certes, à ma hauteur,J’eusse permis le vote aux femmes,Voire même, j’eusse votéPour leur éligibilité.Ce fut toujours dans mon programme.
Croirait-on pas, en vérité,Que le métier de député,De sénateur inamovible,Est quelque chose d’indicible,De rare et de mystérieux,Ne convenant qu’aux seuls messieurs,Mais aux femmes inaccessible,Alors que ça n’est rien du toutTel que vous l’exercez surtout !Les femmes ne sont pas plus sottesChez nous, les dieux m’en sont témoins !Que chez les races huguenotes :Elles le sont peut-être moins.
En votre clan parlementaireSoit députés, soit sénateurs,En somme, nos législateurs,On rencontre plus d’un primaire,Sans culture, d’esprit sommaire,Qui n’élève jamais la voixQue pour vanter sa marchandiseSinon proférer des sottises,Ou crier comme un vrai putois ;D’autres, qui font bien de se taire,N’ayant rien à dire, n’a faire,Sauf qu’ils savent durant quatre ans,Toucher leur trente mille francs,Sur la caisse du prolétaire !Il n’est, pour ce faire.— avouez —Besoin d’être autrement doué.
Nous avons des femmes en France,Ne craignant nulle concurrenceAvec les meilleurs d’entre vous,Messieurs, primant sur leurs épouxAutant que le ciel sur la terre.Je vous passe tout commentaire —Si vraiment vous n’avez souciQue de parler pendant des heures,Elles y sont supérieuresAux plus loquaces, Dieu merci !
Songez que nous avons aussiMesdames Colette et NoaillesQui ne sont pas des « menuailles »Pour ne citer que ces deux-là,Je crois qu’elles sont un peu là.Voire, j’estime que vous êtesTous, au prix d’elles, des mazettes ;Et vous préférez voir voterLeur concierge ! Quelle santé !
1912
55 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La muse vagabonde, Paris, BIBLIOTHÈQUE-CHARPENTIER, 1947· Sources