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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

La muse vagabonde, 1876‑1924· Première partie Peint par lui-même

To be or not to be

Raoul Ponchon· 64 vers

Chaque jour, quand je me lève,Je me dis d’abord :Ah ! pourquoi pendant mon rêveNe suis-je pas mort.

Vais-je donc, dur comme roche,Devenir plus vieuxQue Mademoiselle Doche !C’est bien ennuyeux.

Ah ! recommencer à vivre,Mes pauvres enfants !Heureusement je m’enivrePour passer le temps.

J’entends la Muse me dire :Hé ! mon cher petit,Ne peux-tu pas te détruireSi le cœur t’en dit ?

C’est que justement, ma chère,Il ne m’en dit pas.Il ne m’en dit pas ou guèreIl ne m’en dit pas.

Il s’en faut que je me nuiseSeulement de ça.Voyez-vous que je détruiseL’amour que voilà.

La vie encore que sotte,Qui fait mal à voir,C’est un mal que l’on dorlotteQue l’on aime avoir.

Vivons donc, puisqu’il faut vivrePour l’amour de Dieu,La mort d’ailleurs nous délivreChaque jour un peu.

Regardons par la fenêtre :Ça, quel temps fait-il ?Tiens, le printemps vient de naîtreC’est le mois d’Avril.

Je me croyais en Décembre,Ça doit tenir auThermomètre de ma chambreQui marque zéro.

Et puis d’ailleurs que m’importeLe printemps, l’hiver ?Oublions les saisons mortesEn tuant le ver.

Las ! Voici la rue immondeAvec ses papiers,Doux Jésus ! le vilain mondePour mes pauvres pieds.

Ah ! ces gens inexorables,Ces regards divers,Tous ces bourgeois incurables,Ces profils pervers !

Par bonheur, en ma détresseIl me reste encorMa très fidèle maîtresseQui n’est qu’or et qu’or.

Je vais aller la surprendre…Toc, toc. Ouvre-moi.La chère, elle doit m’attendre.Je suis plein d’émoi.

Mon cœur à tes pieds se vautre.Toc, toc… Allons bon,J’entends le ronron d’un autre,Petit patapon.

1895

64 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La muse vagabonde, Paris, BIBLIOTHÈQUE-CHARPENTIER, 1947· Sources