Bonheur manqué, 1889
XX. « La voilà revenue avec le même orgueil »
Déc.,
La voilà revenue avec le même orgueilQu’à la saison dernière.Ce soir elle passait devant mon triste seuil,Penchée à sa manière.
L’esprit sage, à côté du feu qui crépitait,Je lisais dans ma chambre ;Je crus qu’elle venait, et qu’elle m’apportaitDe l’amour en décembre.
Je la vis de ma table où j’étais accoudé ;Après six mois d’absence,Son cœur, son petit cœur ne s’est pas demandé,Certain de sa puissance,
Comment j’avais sans elle enduré ces longs jours ;Ce que j’avais pu faire ;Si je l’avais trahie, ou si l’aimer toujoursÉtait ma grande affaire ;
Si j’avais travaillé ; si ma peine souventAvait été rimée ;Si j’avais désappris le chemin décevantDe sa maison fermée ;
Bien couru le théâtre, et l’église, et le boisOù manquait son visage ;Et relu le journal qui disait quelquefoisQu’elle était de passage ;
Si je l’avais cherchée à Londre, aux environs,Et dans sa Normandie ;Parlant d’elle à chacun avec les airs poltronsD’un homme qui mendie...
Elle passait jolie au trot de ses chevaux.Son âme de poupéeDe baisers différents et de serments nouveauxSemblait préoccupée.
La méchante s’était habillée à mon goût ;J’aurais voulu la suivre...Son petit cœur ne s’est rien demandé du tout,Et j’ai fermé mon livre.
36 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Bonheur manqué, Paris, Paul Ollendorff, éditeur, 1889· numérisation books.google.com· Sources