Bonheur manqué, 1889
VIII. « On dit que je suis changé »
par la poste.
Mars,
On dit que je suis changé,Ma figure est enlaidie,On me demande si j’aiQuelque grave maladie.
Des cheveux blancs superflusOsent pousser sur ma tempe,Le grand jour ne me va plus,Et j’ai besoin de la lampe.
Des chagrins que je me faisBeaucoup de rides sont nées,Et je sens peser le faixDe mes trente-sept années.
J’ai perdu cet air vainqueurDont plus d’une fut charmée,Je n’ai rien que mon seul cœurPour plaire à la seule aimée.
Mais ce cœur a tressailli,Il faut que je la connaisse...Comme vous m’avez vieilli,En me rendant ma jeunesse.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Bonheur manqué, Paris, Paul Ollendorff, éditeur, 1889· numérisation books.google.com· Sources